La folle journée du professeur Kant

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A première vue il s’agissait d’un album pour enfants. La couverture est rose, le format est grand et mince et il y a autant de texte que d’images.

Me souvenant d’avoir abandonné vers la page 5 la critique de la raison pure, je me suis dit que cela ne me ferait pas de mal de revoir les idées clé de la pensée de Kant sous une forme ludique. Et j’étais intriguée par la forme que cela pouvait prendre pour un jeune lectorat.

Je n’ai pas été déçue, cet album est vraiment bien fait. Clair, drôle (Jean Paul Mongin) et bien illustré (Laurent Moreau), ce petit opus est un régal.

Toutefois je me demande à quels enfants ce type d’ouvrage peut être destiné, mis à part de « grands enfants » dans mon genre. Entre allusions grivoises et explications assez abstraites, je cherche encore la classe d’âge visée. Je ne dois pas être la seule à ne pas avoir ouvert un livre de philosophie avant la classe de première (histoire de préparer les cours de philosophie de terminale), et je n’aurais jamais pensé à lire un album illustré.

Mystère…

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L’or des secrets

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On dirait un titre de roman de gare.

Le très sérieux musée de la ferronnerie de Rouen (Musée le Secq des Tournelles) accueille en ce moment une exposition qui porte pourtant ce titre.

Elle est dédiée au designer/ bijoutier/ joaillier Sara Bran et aux résonances que son travail peut avoir avec les collections du musée.

De véritables dentelles d’or et de pierres précieuses sont exposées dans la nef de l’ancienne église qui abrite le musée.

Toutes les pièces sont réalisées à la main en ajourant des plaques de métal précieux à l’aide d’une scie très fine appelée boc-fil. Il n’est pas étonnant de découvrir pendant l’exposition que ses pièces s’inspirent des dentelles textiles anciennes que Sara Bran collectionne.

Certain bijoux présentent une structure composée de plusieurs plaques articulés qui permettent de les adapter au corps qui les porte.

Le col intitulé « point d’Alençon » est la pièce qui m’a le plus fascinée par son ampleur et sa finesse infiniment délicate. Il est présenté sur un présentoir tournant qui permet de voir la lumière jouer sur le métal

Dans le cabinet d’art graphique on peut découvrir les dessins préparatoires de certaines oeuvres, ainsi que les collaborations de Sara Bran avec des marques de haute couture ou de joaillerie.

Une agréable façon de (re)découvrir ce musée exceptionnel de la ville de Rouen

Exposition du 8/06 au 04/11/2018. Entrée: 4€

My familly and other animals

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Une petite gourmandise d’humour anglais. Les aventures d’une famille anglaise un rien singulière qui décide de quitter la météo maussade de leur île pour aller vivre quelques années dans une autre île au décor un rien différent: Corfou.

La famille est composée

  • d’une mère, veuve, passionnée de jardinage et de cuisine
  • D’un fils aîné qui aspire à devenir un grand écrivain
  • D’un deuxième fils passionné de chasse et d’armes à feu. Au besoin, il sait construire des bateaux
  • D’une fille adolescente préoccupé essentiellement par son bronzage, son acné et ses admirateurs
  • Du petit dernier, le narrateur, amoureux de sciences naturelles et aimant rapporter divers spécimens animaliers à la maison

La tribu enchaîne les aventures racontée avec humour par Gerald, l’auteur et le narrateur de ce récit autobiographique.

Il est à noter que Gerald est devenu un grand naturaliste célèbre par la suite.

On est frappé des différences culturelles avec le monde d’aujourd’hui.Laisseriez-vous votre fils de 8 ans se promener tout seul en pays étranger ? Rapporter des scorpions ou des serpents à la maison ? Faire du bateau sur une coquille de noix construite par son grand frère ?

À lire à vos enfants pour les inspirer et les pousser à être curieux, et à lire pour rire et se promener dans une île de rêve accompagné d’Anglais déjantés.

L’auberge de la Jamaïque

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La météo est beaucoup trop clémente. Tout ce soleil, cette bonne humeur et cette vie en rose vous assomme.

Il y a une solution à votre problème. Un billet simple pour une lande déserte et inhospitalière. Une auberge mal famée dans laquelle plus aucun voyageur ne veut descendre. Un aubergiste alcoolique et sadique. Une aubergiste brisée et spectrale.

Bienvenue à l’auberge de la Jamaïque ! Vous êtes en Cornouailles anglaises au début du XIXe siècle et vous avez atterri chez les naufrageurs.

Publié en 1936, ce fantastique roman d’aventure a inspiré Hitchcock qui en a fait un film. Il a également adapté au cinéma deux autres roman de Daphné du Maurier: Rebecca et les Oiseaux.

L’héroïne, une orpheline coriace du nom de Mary Yellan est attachante et étonnamment contemporaine. Les autres personnages sont décrits avec plus ou moins de finesse, mais le véritable personnage principal de ce roman sont les Cornouailles. On y découvre les différents paysages et on sent l’attachement de l’auteur aux lieux et à leur beauté sauvage.

J’ai lu ce roman une dizaine de fois dans cette édition ancienne. Et je ne m’en lasse pas même si je connais l’intrigue par coeur. L’écriture me transporte, j’en oublie de dormir et de manger. Heureusement, l’ouvrage n’est pas très long!

Jupe Clémence et « Refashioning »

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Par ma foi! Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela.

Le Bourgeois Gentilhomme, Molière

Bien avant de connaître les réseaux sociaux dédiés à la couture responsable, je faisais du « refashioning » (utilisation d’un ou plusieurs vieux vêtements pour en fabriquer un nouveau) sans le savoir.

La préoccupation derrière cette utilisation de vêtements existants, souvent tachés ou troués par endroit, était bien loin de tout sensibilité écologique (limiter l’empreinte de mon loisir sur la production de déchets de la planète) et très bassement matérialiste: quand on commence à coudre, beaucoup de pièces sont ratées (trop grandes/ trop petites/ informes/ mauvaise adéquation entre le tissu choisi et le modèle, etc.) ou tellement inconfortables qu’elles finissent à la poubelle. Inutile dans ce cas d’investir dans un tissu hors de prix. Vieux draps (voir mon pantalon de pyjama), vieille chemise d’homme, tout y passait.

Une de mes amies en a entendu parler et m’a apporté une robe Laura Ashley des années 90 ayant appartenu à sa mère. Une merveille de coton léger à fleurs. Je l’ai transformée en jupe froncée en suivant les indications du modèle Clémence de Love at first stitch.

J’ai même conservé les poches de la robe d’origine, parce que les jupes sans poche sont peu commodes (où mettrais-je mon mouchoir?).

Le modèle est très simple et se passe réel de patron puisqu’il s’agit essentiellement de tracer des rectangles. Je suis assez fière de la longueur (ni trop courte, ni trop longue) qui permet de porter des talons hauts et des talons plats, ainsi que du zip invisible qui est passablement « invisible », ce qui n’est pas évident quand on débute en couture.

Plus de deux ans après l’avoir cousu, je porte cette jupe très souvent car elle cumule les atouts du confort absolu (coton léger d’excellente qualité), de l’élégance discrète (jupe froncée longueur genoux, coloris pastels) et de la praticité (présence de poches, ne serre pas la taille, forme indémodable ). Il s’agit donc d’un projet réussi et d’une véritable nouvelle vie pour un vieux vêtement.

  • Patron : Clemence skirt issu du livre Love at first stitch de Tilly Walnes (Tilly and the Buttons)
  • Difficulté: très facile si l’on n’a pas peur des fermetures à glissières
  • Tissu: robe Laura Ashley vintage offerte par une amie
  • Date de réalisation: avril 2016

Un petit tour par la Rochelle

Entre Carmen et Eleanor, nous sommes allés faire un petit tour à la Rochelle.

Et c’est très joli la Rochelle.

En plus, à la Rochelle en hiver il ne pleut pas tout le temps. Il y a même du ciel bleu en decembre .[NDLR: l’auteur vit en Normandie.]

Outre ces fascinantes considérations météorologiques, la ville offre un centre ville agréable de dimensions humaines, des musées bien fournis, et une histoire passionnante. Signes de civilisation [NDLR: la définition de la civilisation utilisée par l’auteur ne correspond pas à celle du dictionnaire], on y trouve un nombre important de librairies independantes, un grand marché avec des producteurs locaux, de bons restaurants et au moins une mercerie digne de ce nom (L’aiguillée, rue des bonnes femmes). Autre merveille: les arcades au dessus des boutiques pour faire du lèche vitrine au sec. Pourquoi n’y en a-t-il pas davantage dans les nombreuses villes pluvieuses de France?

Ce grand port sur l’Atlantique est célèbre pour avoir été un bastion protestant et avoir subi un siège des troupes de Richelieu de septembre 1627 à octobre 1628. À l’issue de la capitulation de la ville, la majeure partie de ses fortifications ont été détruites, sauf celles qui protègent le port. On peut visiter ces trois tours (tour de la Chaîne à droite et Saint Nicolas à gauche de la photo ci dessus, tour de la lanterne sur la photo ci-dessous.

Elles ont toutes les trois servi de prisons, ont des murs décorés de graffiti gravés et contiennent des explications sur l’histoire de la ville, des oeuvres/installations contemporaines ainsi que des expositions temporaires.

Les escaliers sont parfois vertigineux (optimisation du volume du bâtiment oblige). Même à l’intérieur des tours, dans les pièces aveugles, il y a des rappels de la mer et de la navigation.

L’aquarium de la Rochelle est très beau. Les mises en scène des différentes ambiances sont très esthétiques. On a la sensation d’être dans une sorte de ballet aquatique. Il y a même des méduses déguisées en guirlande de Noël.

En s’éloignant du port, il y a d’autres choses intéressantes à visiter. Notamment un grand bunker de la seconde guerre mondiale en plein centre ville (exceptionnel). Je n’ai pas pris de photos, il va falloir me croire sur parole. L’état major allemand avait construit en plein centre de la Rochelle une immense base vie souterraine. Il y a même un bar dedans! Ils avaient fait venir d’Allemagne des jeunes artistes peintre pour la décoration! ( Trop de !)

Enfin, un petit tour par le Museum d’Histoire Naturelle s’impose pour y découvrir un cabinet de curiosités (celui de Clément Lafaille 1718-1782) dans son mobilier d’origine, ainsi qu’une splendide volée d’impalas au dessus de l’escalier (et beaucoup d’autres bestioles empaillées)

Une ville qui a l’air agréable à vivre et qui vaut le détour

La petite boulangerie du bout du monde

Cette fois-ci c’est un roman léger.  A bien des égards il ressemble à une comédie  romantique anglaise. En prime on y trouve quelques clichés sur les Américains. 

Mais…C’est tellement drôle. Tellement léger. Tellement  outrancier. Un vrai livre qui se dévore en oubliant de manger, dormir, descendre à la bonne gare, etc.

Il y a quand même un petit essoufflement du rythme à la fin. Trop irréaliste. Trop attendu. Too much.

Une comédie romantique qui parle autant de pain dans ce pays où manger autre chose que du pain de mie relève de la prouesse, cela a quelque chose de comique.
Mais c’est aussi une ode à  l’esprit d’entreprendre, au dur labeur et à la persévérance.  Ce qui est tout de suite nettement moins comique.

Polly, la trentaine, voit s’effondrer son couple et leur entreprise. Elle perd quasiment tout ce qu’elle possède pour payer la faillite. En revanche recherchant un logement dans son nouveau budget, elle atterit dans une (presqu’) île perdue. Elle fait la rencontre inattendue d’un bébé macareux, d’une boulangère revèche, d’un équipage de marins pécheurs, d’un Américain apiculteur, d’un vétérinaire détestant les chats et d’un millardaire avant de se lancer dans le trafic de pains qu’elle confectionne à merveille. Entre histoire de coeur et pétrissage de pâte à pain, l’héroïne garde son sens de l’humour et fait travailler notre sourire.

Les délices de Tokyo

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Cela semblait presque drôle au debut.

Un type un peu paumé qui tient une échoppe monoproduit (des dorayaki, patisserie à base de haricots rouges et de petits pancakes) dans une rue de Tokyo. 

Une vieille dame qui débarque et qui lui apprend à faire correctement son métier  tout en lui  redonnant un peu gout à  l’existence.

Un vrai roman de gare.

Mais non.

Finalement ce livre est très  sérieux. Il parle d’un Japon loin du papier glacé  des brochures touristiques et du professionnalisme un rien tatillon des equipes japonaises avec lesquelles j’ai pu travailler au cours de ma carrière.

Ici on est partagé entre  l’amour des saveurs sucrées et salées, voire sucrée-salées de la cuisine japonaise, les pétales des cerisiers en fleurs et une société implacable avec ceux qui ne rentrent pas dans le moule. 

Ce livre est beau, sans amertume. Sans glaçage non plus. Les personnages  sont tous malheureux et ont des choses à  cacher.  Mais leur chemin se croisent et ils tireront peut-être quelque chose de cette rencontre. Le livre ne donne pas la réponse. Il leur donne juste une chance à  saisir.

Un beau voyage d’encre et de papier.

Shaking Hands with death

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Terry Pratchett est un de mes auteurs  préférés. Ce n’est pas très original car ce prolifique écrivain a séduit des millions de lecteurs avec sa saga de science-fiction parodique intitulée  Les annales du Disque Monde (Discworld novel)

Pratchett a également écrit des romans pour adultes et enfants hors de cette saga, et coécrit avec Neil Gaiman un bouquin génial sur la fin du monde (De bons présages/ Good omens).

Pratchett a sauvé  des dizaines de soirées  sinistres de ma vie et des milliers d’heure de voyage en train et métro . Il m’a fait pouffer de rire toute seule devant des wagons de métro plein à craquer à l’heure de pointe. Je lui dois donc de passer pour une cinglée aux yeux de centaines d’inconnus et d’avoir causé quelques torticolis à des voyageurs qui se tiraient le cou pour déchiffrer le titre du livre entre mes mains.

Il a fait économiser à la sécurité  sociale le coût de nombreuses dépressions  nerveuses et thérapies.

Bref, ai cas où vous n’auriez pas compris , je lui voue quasiment un culte et en plus je fais du prosélytisme auprès de mes proches.

Il n’y a guère qu’un seul problème grâce dans ma relation avec mon auteur fétiche. Il est mort. En 2015. Il était atteint d’une forme rare et précoce de la maladie d’Alzheimer. En dehors du fait qu’un tas de crétins malfaisants vivent bien plus longtemps que ce monsieur qui a apporté tant d’humour à  l’humanité et que cela est totalement injuste, il est à noter que Pratchett s’est battu avec détermination contre cette maladie, en a parlé dans les médias et à clamé son droit à une mort  digne.

N’importe quelle personne ayant vu mourir à  petit feu, gavé  de médicaments quand ce n’est pas relié à des tuyaux un proche qui avait contracté une maladie grave et dégénérative de ce type à une idée de qu’une mort indigne veut dire.

Le petit opus Shaking Hands with Death est la mise par écrit d’une allocution écrite par Pratchett à ce sujet. Que vous soyez d’accord ou non avec ce qui y figure, il est impossible de ne pas être  touché par le contenu de ce discours.

Un petit livre émouvant et drôle malgré le sujet franchement sinistre. 

Thank you Mr. Pratchett

Un petit tour par Saint Martin de Boscherville 

Les villes portent souvent le nom de leur abbaye (à moins que ce ne soit le contraire). Mais parfois il y a un peu plus de fantaisie. L’abbaye Saint George de Boscherville est sise à Saint Martin de Boscherville. Les deux saints ont le côté  guerrier en commun, mais l’un est célébré  pour avoir terrassé  le dragon incarnant satan, tandis que l’autre est connu pour avoir partagé  son manteau avec un pauvre.

La dite abbaye est un petit joyau d’art romand normand. En prime l’église est intègre! Comme à  Jumieges on goûte  pleinement la sobriété presque austère de ce style architectural dans le calcaire blanc de la région.

De façon surprenante l’église est lumineuse avec de grandes ouvertures en plein ceintre. Au moindre rayon de soleil, la lumières envahit la nef et éclaire sa belle voûte en arcs brisé typique de l’architecture…gothique.

Un apport de l’époque suivante qui donne un petit coté « moderne »(toute proportions gardées) à l’édifice.  La version originale était un plafond en bois, sûrement moins élancé.

Comme souvent dans les églises romanes, les sculptures des chapiteaux sont charmantes. Un peu naïves, pleines de symboles et de références bibliques un peu opaques au pauvre visiteur du XXIe siecle, elles sont empreintes d’une humanité qui disparaît un peu dans la gracieuse sculpture gothique.

Une petite touche locale qui rappelle la culture outre manche: les frises décoratives à  motifs géométriques. Avec la verdure et l’humidité locale, on se croirait presque devant un monument d’inspiration  celte.

En dehors de l’église, il reste peu de choses de l’abbaye qui a été vendue à un industriel à la Révolution. Ledit industriel a fini par se faire marchand de pierres quand son activité  periclita.

Reste tout de même la splendide salle capitulaire (voir photo ci-dessous) et un joli pavillon d’accueil  qui date de la reprise en main de l’abbaye par les mauristes.

Le tout est entouré d’un magnifique jardin qui a été entièrement recréé au XXe siècle et dont les travaux d’embellissement se poursuivent.

Moins connu que Jumièges, l’abbaye de Saint Martin de Boscherville est un lieu charmant que je conseille vivement de visiter (au printemps ou en été pour profiter du jardin).